Les systèmes de sécurité incendie (SSI) sont classés en cinq catégories, de A à E, par ordre décroissant de performance et de complexité. Cette classification, définie par la norme NF S 61-931, détermine le niveau de protection incendie d'un bâtiment et conditionne le choix des équipements. Comprendre ces catégories est essentiel pour tout maître d'ouvrage qui doit équiper un bâtiment neuf ou mettre en conformité un bâtiment existant.
Principe de la classification des SSI
Qu'est-ce qu'un SSI ?
Un Système de Sécurité Incendie regroupe l'ensemble des équipements qui concourent à la détection d'un incendie et à la mise en sécurité d'un bâtiment. Il se compose de deux sous-systèmes principaux :
- Le Système de Détection Incendie (SDI) : détecteurs automatiques, déclencheurs manuels, équipement de contrôle et de signalisation (ECS). Ce sous-système détecte le sinistre et transmet l'information.
- Le Système de Mise en Sécurité Incendie (SMSI) : centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI), dispositifs actionnés de sécurité (DAS). Ce sous-système exécute les fonctions de mise en sécurité : évacuation, compartimentage, désenfumage.
La catégorie du SSI traduit le degré d'automatisation et de sophistication de la chaîne détection-commande-action. Plus la catégorie est élevée (A étant la plus haute), plus le système est automatisé et performant.
Logique de la classification
La classification repose sur la nature de la détection (automatique ou manuelle) et sur le type de mise en sécurité (automatique, commandée ou manuelle) :
- Catégories A et B : détection automatique + mise en sécurité automatique
- Catégories C et D : détection manuelle + mise en sécurité automatique ou manuelle
- Catégorie E : alarme seule, sans système de mise en sécurité automatique
Catégorie A : le plus haut niveau de protection
Composition
Un SSI de catégorie A comprend :
- Un SDI complet conforme à la norme NF S 61-970 : détecteurs automatiques d'incendie (DAI) dans toutes les zones à risque, déclencheurs manuels, équipement de contrôle et de signalisation (ECS) adressable
- Un SMSI avec un CMSI de catégorie A conforme à la norme NF S 61-932 : gestion automatique du désenfumage, du compartimentage (portes coupe-feu, clapets) et de l'évacuation (alarme, déverrouillage des issues de secours)
- Un système d'alarme de type 1 : alarme générale sélective pilotée par le CMSI, avec possibilité de temporisation et de gestion par zones
Fonctionnement
Lorsqu'un détecteur automatique déclenche une alarme, l'ECS identifie la zone concernée et transmet l'information au CMSI, qui commande automatiquement les fonctions de mise en sécurité : ouverture des exutoires de désenfumage, fermeture des portes coupe-feu, arrêt de la ventilation, déverrouillage des issues de secours et déclenchement de l'alarme d'évacuation. L'ensemble de la chaîne est entièrement automatique, sans intervention humaine.
Où est-il obligatoire ?
- ERP de 1re et 2e catégorie (plus de 700 personnes)
- Immeubles de Grande Hauteur (IGH)
- ERP de type J (structures d'accueil pour personnes âgées et handicapées) quelle que soit la catégorie
- ERP de type U (établissements sanitaires) de 1re à 4e catégorie
- Certains ERP de type R (établissements d'enseignement) avec hébergement
- Bâtiments imposés par l'assureur (règle APSAD R7)
Catégorie B : détection automatique avec CMSI simplifié
Composition
Le SSI de catégorie B comprend :
- Un SDI complet avec détection automatique et déclencheurs manuels, identique à la catégorie A
- Un CMSI de catégorie B : il gère les fonctions de mise en sécurité mais avec une architecture simplifiée par rapport à la catégorie A. Les DAS sont commandés par zones de mise en sécurité, mais le système ne permet pas la gestion adressable point par point.
- Un système d'alarme de type 1
Différence avec la catégorie A
La principale différence réside dans la granularité de la gestion. En catégorie A, chaque DAS peut être piloté individuellement et la matrice de corrélation détection/action est très fine. En catégorie B, la gestion se fait par zones plus larges. En pratique, la catégorie B est de moins en moins utilisée car les équipements de catégorie A sont devenus économiquement accessibles et offrent une bien meilleure flexibilité.
Où l'utilise-t-on ?
La catégorie B est prescrite dans certains ERP de catégorie intermédiaire où une détection automatique est requise mais où la complexité du bâtiment ne justifie pas un SSI de catégorie A. Elle reste rare dans les projets neufs et se rencontre principalement dans des installations existantes.
Catégorie C : mise en sécurité sans détection automatique
Composition
Le SSI de catégorie C comprend :
- Pas de détection automatique : la détection repose uniquement sur les déclencheurs manuels (DM) actionnés par les occupants
- Un dispositif de commande manuelle centralisée (DCMC) ou un CMSI simplifié qui commande les DAS
- Un système d'alarme de type 2a (alarme générale à partir d'une commande manuelle centralisée)
Fonctionnement
Lorsqu'un occupant actionne un déclencheur manuel, le signal est transmis au dispositif centralisé qui commande la mise en sécurité (désenfumage, compartimentage). L'alarme d'évacuation est déclenchée simultanément. L'absence de détection automatique signifie qu'un début d'incendie ne sera signalé que lorsqu'une personne le constatera et actionnera un DM.
Où l'utilise-t-on ?
La catégorie C est prescrite dans certains ERP de 3e et 4e catégorie où le règlement de sécurité n'exige pas de détection automatique mais impose des fonctions de mise en sécurité (désenfumage commandé, par exemple).
Catégorie D : alarme avec mise en sécurité manuelle
Composition
Le SSI de catégorie D comprend :
- Pas de détection automatique
- Des déclencheurs manuels reliés directement à un système d'alarme
- Un système d'alarme de type 2b
- Des DAS à commande manuelle locale (boutons de désenfumage à proximité des exutoires, par exemple)
Fonctionnement
Le déclencheur manuel déclenche l'alarme d'évacuation. La mise en sécurité (désenfumage, compartimentage) est réalisée manuellement par les occupants ou le personnel de sécurité, via des commandes locales. Il n'y a pas de centralisation des commandes de mise en sécurité.
Où l'utilise-t-on ?
La catégorie D concerne les ERP de petite taille (4e et 5e catégorie) où le risque incendie est modéré et où les obligations réglementaires se limitent à un système d'alarme et à un désenfumage commandé manuellement.
Catégorie E : le niveau le plus simple
Composition
Le SSI de catégorie E est le plus basique :
- Pas de détection automatique
- Pas de CMSI
- Un système d'alarme de type 3 ou 4 : type 3 avec des déclencheurs manuels et des diffuseurs sonores, type 4 avec un simple dispositif d'alarme sonore (cloche, sifflet, message enregistré)
- Pas de commande automatique des DAS
Où l'utilise-t-on ?
La catégorie E est adaptée aux petits ERP de 5e catégorie (petits commerces, restaurants de faible capacité) et aux bâtiments où le règlement de sécurité n'impose qu'un système d'alarme de base. La mise en sécurité (évacuation, ouverture manuelle des exutoires) repose entièrement sur l'intervention humaine.
Tableau récapitulatif des catégories SSI
| Catégorie | Détection | Mise en sécurité | Type d'alarme | Applications typiques |
|---|---|---|---|---|
| A | Automatique (SDI) | Automatique (CMSI cat. A) | Type 1 | ERP 1re-2e cat., IGH, hôpitaux, EHPAD |
| B | Automatique (SDI) | Automatique (CMSI cat. B) | Type 1 | ERP intermédiaires (usage rare) |
| C | Manuelle (DM) | Centralisée (DCMC) | Type 2a | ERP 3e-4e cat. avec désenfumage |
| D | Manuelle (DM) | Manuelle locale | Type 2b | ERP 4e-5e cat. |
| E | Aucune | Aucune automatique | Type 3 ou 4 | Petits ERP 5e cat. |
Comment choisir la bonne catégorie ?
Les critères réglementaires
Le premier critère est l'obligation réglementaire. Le règlement de sécurité contre l'incendie (arrêtés types pour les ERP, règlement IGH) prescrit la catégorie minimale de SSI en fonction :
- Du type d'activité de l'établissement (J, L, M, N, O, P, R, S, T, U, W, X, Y)
- De la catégorie de l'ERP (1re à 5e, en fonction de l'effectif)
- De dispositions particulières (présence de locaux à sommeil, accueil de personnes à mobilité réduite, etc.)
Les critères assurantiels
Au-delà de la réglementation, les assureurs peuvent exiger un niveau de SSI supérieur au minimum réglementaire, notamment via les prescriptions APSAD. Un site industriel peut ne pas être soumis à une obligation réglementaire de SSI de catégorie A, mais son assureur peut l'imposer pour accorder une couverture incendie.
L'analyse de risque
Dans tous les cas, une analyse de risque réalisée par un bureau d'études compétent permet d'évaluer si le niveau minimum réglementaire est suffisant ou si des mesures complémentaires sont nécessaires. Cette analyse prend en compte la nature des activités, les matériaux stockés, la configuration des locaux, la présence de personnes vulnérables et les moyens d'intervention des secours.
L'accompagnement Suretec Ingénierie
Suretec Ingénierie accompagne les maîtres d'ouvrage dans le choix et la conception de leur SSI, quelle que soit la catégorie requise. Notre expertise en sécurité incendie couvre :
- L'analyse réglementaire pour déterminer la catégorie de SSI applicable
- L'analyse de risque incendie et l'étude de faisabilité
- La conception complète du SSI (SDI + SMSI) conforme aux normes NF S 61-970 et NF S 61-932
- La rédaction des CCTP et l'assistance à la consultation des entreprises
- Le suivi d'exécution, les essais fonctionnels et la réception
- La constitution du dossier d'identité SSI et du DOE
Nous intervenons sur des projets variés en Île-de-France : ERP, IGH, établissements de santé, sites tertiaires et industriels. Notre double compétence en SSI et en courants forts et courants faibles nous permet de coordonner l'ensemble des lots techniques pour une installation cohérente et performante.